Comme un cierge porté à bout de bras, un dernier appel.


Il faudra lui dire. Que mon absence n'est qu'un remède à son indifférence. Et que toutes mes larmes ne suffiront pas à noyer les regards qu'il ne pose pas sur moi. Qu'à défaut de lui être Indispensable, j'ai choisi de n'Etre Pas. De m'accepter comme ruines de mon Amour pour lui.

Il faudra lui dire. Que j'accepte de souffrir pour tous les mots qu'il ne me dira pas. Pour toutes les étreintes qu'il ne proposera pas mais dont j'ai tellement rêvé que mon âme en est carbonisée.

Il faudra lui dire. Qu'à première vue, ce n'est pas grave. Mais que dans le fond, je suis un espace dévasté. Qu'un jour le manque de lui se portera sur mon visage, jusque dans le creux de mon sourire.

Il faudra lui dire. Que mon coeur d'enfant ne cessera jamais de saigner en son nom, pour ses beaux yeux et pour ses promesses inexistantes. Que je ne suis que ce qu'il n'a pas fait de moi : un coeur alourdi par les larmes et une âme qui pèse tout le poids de son absence.



# Posté le samedi 29 août 2009 09:44

Hommage à Caramélissa.

Hommage à Caramélissa.


Il y a dans ton sourire tout c'que je ne sais pas raconter, tout ce que mes mots cherchent en se heurtant, inlassablement, à des murs de poussière et des échappées en cul-de-sac. Les impasses qui blessent sont des microbes de rien du tout à côté des monticules d'Essences-Quintessences-Présences-Evidences que tu dresses par-delà les vides qui te submergent.


# Posté le jeudi 30 juillet 2009 23:15

Avec le temps, va, tout... s'en va ?

Avec le temps, va, tout... s'en va ?
Même café. Même banquette miteuse. Même humidité dans l'air. Swann prend l'habitude de garder son écharpe dans ce lieu. C'est un morceau de laine bariolé, troué à certains endroits. Elle porte aussi des mitaines noires, un jean rouge délavé et un sweat-shirt trop grand pour elle, dont elle a retroussé les manches. Ses doigts fins entourent la tasse de café fumante et ses ongles cognent contre la porcelaine au rythme d'une chanson ringarde qui passe à la radio. Mon exemplaire des Fleurs du Mal est posé sur la table. Beaucoup de pages sont cornées, c'est un bouquin que je traîne partout avec moi depuis des années. Swann murmure quelque chose dans le creux de son écharpe. Je tends l'oreille en fixant les volutes de fumée qui s'échappent de ma tasse.

- "D'où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange, montant comme la mer sur le roc noir et nu ?"
- Tu connaîs Baudelaire ?
- S
ûr. Je n'suis pas allée longtemps à l'école mais la poésie, j'aime bien. C'est la seule merde comestible dans ce monde de dingues.
-
Ouais... De la merde...
-
Comestible, j'ai dit. C'est donc pas péjoratif.
-
Hum.
- .
..
- Y'en
a un qui semble écrit pour toi, Swann.
-
De quoi ?
-
Un poème.
- J
e t'écoute.


Je n
'ai pas besoin de chercher la page dans le livre, je connais Hymne à la beauté par coeur, comme si j'avais attendu depuis toujours la personne idéale à qui je pourrais le réciter. Je me racle la gorge et tente du mieux que je peux de regarder Swann dans les yeux en déclamant ces quelques vers.

- "Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme, ô Beauté ? Ton regard, infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime, et l'on peut pour cela te comparer au vin. Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ; tu répands des parfums comme un soir orageux ; tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore qui font le héros lâche et l'enfant courageux."
- ...
- .
..
- Tu
peux pas dire ça de mes baisers. Je t'ai jamais embrassé.


Je baiss
e les yeux, verse une larme de lait dans ma tasse de café et me concentre sur les dessins qu'elle forme en entrant en contact avec le liquide noir. Je fais tourner ma cuillère dans ma tasse pendant un moment, puis soupire. Swann s'est tue. Le menton appuyé sur sa main, elle observe l'agitation de la rue par la fenêtre. Soudain, j'ai envie de lui dire quelque chose. De parler pour ne rien dire.

- Tu ressembles à un garçon étonnemment féminin. Superbement belle.
- Va
te faire voir.
- Je
t'ai jamais demandé : tu as quel âge ?
- V
ingt-deux.
- Et tu vis de quoi ? Tu fais pas d'études ?
- J'vis
d'une part de l'héritage de ma grand-mère.
- Ah. Et
... tes parents ?
- I
ls m'ont virée, je n'les vois plus. Ne me demande pas pourquoi.
- Moi
, mon grand-père est vieux. Comme tous les grands-pères, mais le mien était prof de philo et aujourd'hui, il ne réfléchit plus à rien, il a juste la trouille de la mort.
-
Comme tous les vieux, quoi.
- Non. Avant, il p
arlait de l'amour, du bonheur, de l'espoir, de la religion, de l'art, de Kant, de Pascal, de Deleuze, de Platon... Et maintenant, il est tout seul avec lui-même. Et sa peur.
- C'est fatigant d
'avoir tout l'temps peur. Il doit être épuisé, ton grand-père.
- Grand P
a' vit en maison de retraite, depuis deux ans. Son angoisse, je la vois trembler au bout de ses grandes mains ridées. Il n'écrit plus. Et il ne lit même plus.
- Le pau
vre.
- Il dit "c'est misé
rable, on s'en va, au bout de la vie, on doit s'en aller... Pourquoi ? Et pour qui ? Ca n'a pas de sens... pas de sens...", et moi j'en chiale.
- Y'a de quoi. N'aie pas peur, Raphaël, il partira, comme nous partirons tous. A ce jeu-là, y'a pas de gagnants ni de perdants. Et... y'a pas de règles du jeu non plus.


Elle essuie la larme q
ui roule sur ma joue et pose de la monnaie sur la table.

- J'me sauve, dit-elle avant de balancer son sac sur son épaule et de quitter le café.


Swann, mon courant d'air.

# Posté le dimanche 03 mai 2009 03:05

Obsessions.

Tu reviens, on s'empoisonne, on se saoule, tu m'abandonnes, tu t'excuses, je te pardonne, tu gueules, je suis aphone. On se retrouve, on se déteste, je t'expulse et toi tu restes, tu me supplies, moi je te fuis, je te dis oui, tu déguerpis. On y goûte, on en rigole, tu t'éloignes, je m'affole, on se cherche, on s'égare, tu me trouves par hasard, on s'fait du mal, on se poursuit.

Quand t'es pas là, tu manques à ma vie.

On se questionne, on se répond, je te donne, tu m'fais faux-bond, tu m'aperçois, je m'éclipse, je te devine, tu m'esquives. On se tutoie, on s'fait du bien, je te déçois, je t'appartiens, on se rattrape, on s'décolore, on s'apprivoise un peu plus fort. Tu m'échappes et j'en crève, sur nos c½urs, j'dessine des rêves, tu en pleures, moi j'en ris, j'ai si peur, toi tu souris. Je veux tes bras, tu m'tournes le dos, t'attends des gestes, j'n'ai que des mots. Tu t'accroches, je me retire, je t'approche, tu m'attires, on se retient, on se démène, pour rester sur l'devant d'la scène, on se découvre, on se déchire, jusqu'à s'en faire mourir de rire. On s'encombre, on se complète, on se ressemble et on s'entête, on s'engueule et puis on regrette. Tu me délivres, je m'exile, tu t'enracines, je me défile, je m'évapore, tu m'exaspères, tu veux d'l'amour, j'te fais la guerre. Tout s'emballe, tout se défait, on s'emmêle, on se plaît, tu m'attends, j'te pose un lapin, je t'espère, tu prends ma main. Je suis seule, sans défenses, tu gueules, je fais silence, je m'effondre quand tu danses, tu t'endors quand j'me fais violence. On se cherche, on s'égare, je te trouve par hasard, on s'fait du mal, on se poursuit.

Quand t'es pas là, tu manques à ma vie.
Tu manques à ma vie.

T
u reviens, on s'abandonne, on se saoule, on s'empoisonne, je m'excuse, tu me pardonnes, je gueule, tu es aphone.

# Posté le samedi 07 février 2009 09:38

Torpeur.

Torpeur.

Il est des choses que l'on ne peut dire à personne.



# Posté le vendredi 30 janvier 2009 01:32